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L’inclusivité queer reste extrêmement symbolique en Inde

La position paradoxale de l’État indien sur les droits des homosexuels – oscillant entre réformes symboliques et répression sévère – souligne le profond décalage entre le discours politique et les réalités vécues par la communauté LGBTQ+.

L'interdiction récemment imposée par la police de Pune, interdisant aux personnes transgenres de « se rassembler aux carrefours et d'exiger de force de l'argent des navetteurs », a déclenché l'indignation au sein de la communauté.

Cette mesure draconienne, appliquée en vertu de l'article 144 du Code de procédure pénale, a effectivement criminalisé un moyen de subsistance crucial pour de nombreuses personnes transgenres, marginalisant encore davantage une population déjà vulnérable.


Tokenisme institutionnel : comités et enquêtes

Dans un geste apparent d'inclusivité, le gouvernement central a créé un comité de six membres pour s'attaquer aux innombrables problèmes auxquels est confrontée la communauté queer.

Ce comité, formé sur directive de la Cour suprême lors de l'audition d'une pétition sur l'égalité du mariage en novembre 2023, est chargé de suggérer des mesures pour prévenir la discrimination dans l'accès aux biens, aux services et aux régimes de protection sociale, ainsi que d'atténuer la menace de violence. .

Cependant, ces efforts institutionnels ne parviennent souvent pas à produire des changements tangibles, réduits à de simples exercices symboliques et de collecte de données. Le recensement de 2011, par exemple, n’a enregistré que 4.9 lakh de personnes transgenres en Inde, une sous-représentation stupéfiante qui ne parvient pas à rendre compte de la véritable diversité et de l’étendue de la communauté.

Malgré la rhétorique de l’inclusivité et la création de comités, les expériences vécues par les personnes queer dressent un sombre tableau de l’exclusion systémique et de la violence sexiste. Selon un rapport de 2021 de la Commission nationale des droits de l'homme, plus de 50 % des personnes transgenres en Inde ont été victimes de harcèlement ou d'abus de la part des forces de l'ordre.

De plus, le déni des droits fondamentaux, tels que l’accès à l’éducation, aux soins de santé et aux opportunités d’emploi, reste une dure réalité pour la communauté queer.

Une étude réalisée en 2017 par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a révélé qu'un nombre stupéfiant de 92 % des personnes transgenres sont privées du droit de participer aux activités économiques en Inde, obligeant beaucoup d'entre elles à recourir à la mendicité ou au travail du sexe pour survivre.


Le personnel est politique

Au milieu de l’oppression systémique et du symbolisme institutionnel, la communauté queer continue d’affirmer sa résilience et d’exiger des changements substantiels. Les militants et les défenseurs critiquent depuis longtemps les efforts superficiels de l'État, appelant à une approche holistique s'attaquant aux causes profondes de la discrimination et de la violence.

Ritika Sharma, une militante transgenre de Delhi, partage sa pénible expérience de se voir refuser des services de santé de base en raison de son identité de genre. « Le système nous traite comme des parias, nous privant des droits les plus fondamentaux et nous soumettant à une humiliation constante », dit-elle, soulignant le besoin urgent de réformes juridiques et politiques globales.

Malgré l'arrêt historique de la Cour suprême décriminalisant l'homosexualité en 2018, le chemin vers une véritable égalité et acceptation pour la communauté queer reste ardu. Les lois discriminatoires, telles que l'article 377 régressif du Code pénal indien, continuent de jeter une ombre, perpétuant la stigmatisation sociétale et les préjugés institutionnels.

De plus, le manque de reconnaissance juridique des mariages homosexuels et l’absence de lois anti-discrimination complètes exacerbent encore la marginalisation de la communauté queer. Dans ce climat d'ambiguïté juridique et de préjugés sociétaux, les mesures symboliques de l'État échouent souvent à résoudre les problèmes systémiques profondément enracinés.

La voie à suivre

Alors que l’État indien est aux prises avec la complexité des droits des homosexuels, il est crucial de reconnaître que la véritable émancipation ne peut être obtenue par des mesures symboliques ou des réformes superficielles. Les expériences vécues par la communauté queer exigent une approche holistique qui s’attaque à la discrimination systémique, à la violence sexiste et au déni des droits fondamentaux.

Des réformes juridiques globales, notamment l’abrogation des lois régressives et la promulgation d’une législation anti-discrimination, doivent être une priorité. En outre, des initiatives ciblées visant à promouvoir l’acceptation sociétale, des campagnes éducatives et des politiques inclusives dans des domaines tels que les soins de santé, l’emploi et le logement sont impératives.

Il est temps pour l’État d’aller au-delà de la simple collecte de données et de la formation de comités, et de donner la priorité à des changements politiques substantiels qui démantelent les structures oppressives et garantissent la sécurité, la dignité et la participation égale des personnes queer dans toutes les sphères de la vie. Ce n’est qu’alors que le discours de l’inclusivité pourra se traduire en réalités tangibles et vécues pour les marginalisés.

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